Pourquoi et comment j’écris de la SF, par Pierre Raufast
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Photo : Ph. Matsas / Aux forges de Vulcain
Pierre Raufast est l’auteur d’une trilogie de science-fiction : la trilogie baryonique, publiée en grand format aux éditions Aux forges de Vulcain, et en poche aux éditions Pocket. Cette trilogie est une aventure passionnante, pleine de découvertes et de merveilleux, qui nous parle de conquête de l’espace, d’intelligence artificielle, et de l’entraide, difficile mais nécessaire, entre les êtres humains.
Pierre est un auteur très généreux de son temps, mais il travaille beaucoup aussi. Si bien qu’un jour, invité par un lycée, il n’a pu se rendre à ladite invitation, mais a eu la gentillesse de faire cette vidéo pour répondre aux questions des classes de seconde 3 et seconde 11 du lycée Sud des Landes de Saint Vincent de Tyrosse.
Ces réponses sont aussi disponibles au format audio.
Nous avons transcrit ces réponses, en conservant leur oralité. Merci à Pierre !
« Bonjour à tous, je m'appelle Pierre Raufast, je suis l'auteur de la Trilogie baryonique et je suis désolé de ne pas être avec vous aujourd'hui, j'avais un empêchement professionnel. Par contre, j’ai reçu votre liste de questions, donc on va pouvoir y répondre pour cette petite vidéo.
Léon me demande pourquoi j'ai écrit la Trilogie baryonique, il y a des questions autour de pourquoi la science-fiction. Inès me demande : « Est-ce que la science-fiction vous a toujours intéressé ? » Oui, en fait, quand j'avais votre âge, je lisais beaucoup de SF, des Bradbury, Asimov, etc., des grands classiques. Et en tant que scientifique, puisque je suis ingénieur, j'ai toujours eu un peu cet attrait, cette nostalgie pour la SF. Là, c'est vrai que dans les séries il y a pas mal de choses autour de la SF, de très bonnes séries, de très bons films et puis donc ça m'a donné envie de me remettre, entre guillemets, à la SF après cinq ou six romans de littérature générale.
Comment écrivez-vous, Pierre Raufast ?
Lucas me demande : « Quel est votre processus d'écriture ? » Il y a beaucoup de questions autour de comment on écrit en fait. « Par quoi commencez-vous pour écrire un roman ? » Emma demande : « Est-ce que la fin du roman était-elle prévue dès le départ ? » Donc ça c'est important, il y a eu des séries télévisées, notamment Lost, qui est assez connue où la fin c'était un peu n'importe quoi. « Comment saviez-vous que vous écririez une trilogie lorsque vous avez écrit et publié votre premier tome ? » Donc pareil, est- ce qu'on connait la fin, est ce qu'on sait qu'on s'engage sur un voyage au long cours sur une trilogie ou pas ? Là, ça parle de la méthodologie de travail d'un écrivain et vous pouvez interroger plusieurs auteurs, plusieurs autrices, ils vont tous avoir une réponse différente.
Donc quel est mon processus d'écriture ? C'est un projet qui se fait sur le long terme, sur trois ans. Il y a aussi une question sur quelle est la durée d'écriture. J'ai l'habitude de dire que je mets trois ans pour écrire un roman. Non pas dans l'écriture elle-même, mais dans tout le cycle entre la conception et l'écriture. On commence par une année où je me suis dit : « Tiens, je vais écrire de la SF. » Et donc je commence à me renseigner sur quels styles je pourrais écrire, parce que vous savez qu'en SF il y a plusieurs styles, il y a de la Hard SF, du Space Opéra, etc. Je commence par revoir des films. David mon éditeur d'ailleurs m'a beaucoup aidé en me donnant des listes de lectures ou des listes de films à regarder pour trouver un peu ce qui m'intéresse ou ce qui ne m'intéresse pas. Je note les idées sans forcément avoir une idée de l'histoire : le but du jeu c'était de se faire de la documentation, d'écrire des choses, des univers qui nous plaisent, des choses qui ne nous plaisent pas. Et puis au bout d'un an, où j'ai mûri le sujet en moi avec des réflexions, je me dis : « Bah tiens, je vais écrire une histoire. »
Je prends une semaine, en général c'est pendant les vacances, et là je commence à structurer en disant « dans le premier tome il va se passer ça, dans le deuxième tome il va ce passer ça, dans le troisième tome, il va se passer ça ». Donc oui c'est important de savoir qu'on écrit une trilogie pour avoir une histoire qui se tient. Typiquement le premier tome ça va être une catastrophe, La Tragédie de l'orque qui va amener à la découverte un peu par hasard de nouveaux systèmes solaires. Le deuxième tome, ça va être la découverte de ce système solaire et qu'est-ce qu'on y trouve et dans le troisième ça va être le dénouement de l'histoire. Et une fois que j'ai ça, après je vais aller dans le détail, c'est à dire je vais creuser le scénario du premier tome et moi je suis très branché sur le synopsis détaillé. C'est à dire que le premier tome ça va se traduire en une quarantaine de chapitres que je vais résumer en trois lignes. Donc je vais vraiment faire un scénario très, très détaillé du premier tome, ensuite du deuxième tome et ensuite du troisième tome.
Pourquoi je fais ça ? Il y a une question autour du syndrome de la page blanche. C'est typiquement le genre de chose qui évite le syndrome de la page blanche. Je sais que je dois travailler par exemple deux heures sur un chapitre, j'en suis au chapitre 17. Donc je relis le chapitre 17, je lis ce que je dois écrire sur le chapitre 18, qui fait trois lignes dans mon synopsis, et je détaille ces trois lignes en trois pages. Donc c'est comme ça que j'écris. Vous voyez derrière sur le mur là il y a le plan avec des fiches de personnages, des dates clés, etc. Il y a plusieurs post-it. Et ça c'est très important pour moi, pour savoir où je vais.
Il y a une question de Noé : « Comment faites-vous pour gérer vos deux activités ? » Parce que je suis effectivement ingénieur en cybersécurité et écrivain. C'est ça en fait, je pense que la clé c'est l'organisation et de me dire que j'ai un script détaillé, je sais où je vais et quand j'ai deux heures d'écriture, je ne perds pas mon temps à réfléchir à l'histoire, à la créativité, etc. Ça c'était sur la partie « quel est le process d'écriture ? » Globalement trois ans. La première année à essayer de réfléchir à l'histoire et à construire le scénario. Une fois que j'ai le scénario je peux l'écrire en une année, c'est à dire trois mois pour un premier jet, je laisse reposer, je le relis, je fais des modifications. Il faut bien se dire que quand on écrit un roman, ce n'est pas parfait du premier coup. Donc on écrit d'abord un premier jet de l'histoire pour savoir si ça fonctionne, on le fait relire par de la famille, par des amis, par des professionnels, et puis petit à petit on affine, on corrige. D'abord l'histoire, des pans entiers, on change des personnages, on change les arcs narratifs et puis, petit à petit, ça devient vraiment des détails jusqu'à la dernière relecture qui se fait la dernière année en général avec l'éditeur, qui est une passe de corrections typographiques par exemple, mais aussi des paragraphes que l'on va changer, ils étaient écrits au passé, on va les écrire au présent pour donner un peu plus de dynamisme, etc. Et puis la dernière année, donc il y a cette première partie-là, ensuite on imprime le livre, il est envoyé à des journalistes, ce qu'on appelle les services presse ou des influenceurs, et ensuite il est publié, puis on rentre dans un cycle de rencontres, de festivals, etc.
Et toutes ces idées, d’où viennent-elles ?
Il y a beaucoup de questions sur les sources d'inspiration. Lili me demande si les personnages du livre ont été inspirés de personnages réels. Mathias demande comment on trouve l'inspiration pour écrire une si longue histoire. Simon demande « Quelles sont vos sources d'inspiration ? » Tiago, pareil, quelle a été votre inspiration, etc.
En général, on dit qu'il y a trois sources d'inspirations. La première source d'inspiration, c'est le monde dans lequel on vit. Il y a des choses qui m'intéressent quand je lis Epsiloon, Science & Vie, Science & Vie Junior, tout ce que vous voulez, sur la science mais aussi sur la psychologie des personnages, les relations, etc. Donc c'est des petites anecdotes qui me plaisent, qui m'amusent, qui m'intéressent et que je vais noter bien précieusement pour les recaser dans mon livre. Il est évident que surtout quand on écrit un livre de science-fiction, tout n'est pas inventé, notamment ce qui a attrait à la science, à la biologie, etc. Donc ça, ça fait partie d'une inspiration réelle qui existe dans le monde réel. La deuxième source d'inspiration quand on écrit un roman, c'est bien sûr soi, sa vie, son expérience passée et toutes les expériences qui peuvent nous inspirer pour décrire soit la psychologie des personnages. Les gens que je connais, je m'en inspire forcément pour écrire, mais aussi les expériences que j'ai pu vivre dans ma vie. Et la troisième partie, en général, c'est de la créativité, de la vraie imagination, des choses qui n'existent pas et que j'invente.
Quand on écrit un livre, un roman dit contemporain, c'est-à-dire qui se passe en 2025, le ratio entre ces trois parties ne va pas être le même. Si j'écris une histoire sur ma vie d'ingénieur par exemple, je vais plutôt m'inspirer du monde réel et de mon expérience vécue. Et très peu d'imagination, si je fais une biographie par exemple. Si maintenant j'écris un récit dit d'imaginaire, donc de science-fiction, c'est évident que la part créativité et invention pure va être beaucoup plus importante que dans une biographie. Ça va être un peu plus décalé, je vais plutôt inventer et me baser sur le monde réel, l'état de la science ; mon expérience personnelle, on s'en fiche un peu, je ne suis jamais allé sur une exoplanète ou je n'ai jamais fait de voyage dans l'espace. Voilà donc l'inspiration, on peut jouer sur ces trois facteurs-là en fonction du livre que l'on va écrire. On ne s'inspire pas de la même façon sur un polar ou peut-être on va plus s'inspirer des anecdotes du passé, des choses qu'on a lues, que dans un livre de l'imaginaire, heroic fantasy ou Science-Fiction.
Oui, bien sûr, pour répondre à Simon, Tiago, Lily, Mathias, il y a bien des choses qui sont inspirées de ma vie réelle, notamment des personnages, forcément je ne peux pas inventer toutes les psychologies différentes, je m'appuie sur ce que j'ai pu observer par exemple chez mes filles lors de l'adolescence, pour parler de Mia et de Slow, c'est évident. Mais je vais aussi m'inspirer des relations professionnelles que j'ai pu avoir, notamment dans la gestion de crise, très important dans mon métier, les cyber-attaques ; pour écrire des scènes de gestion crise au niveau de l'EPON par exemple ou de l'ARA quand ils sont en gestion de crise pour savoir ce qu'ils vont faire des trous noirs ouverts par exemple.
Une question, est-ce que je me suis inspiré de films, notamment Interstellar ? Oui et non, comme je le disais au début, avant d'écrire la trilogie, j'ai pas mal revu de films. Donc les classiques, ça va de Star Wars qui est vraiment quelque chose qui n'est pas du tout crédible, à Interstellar qui est très crédible du point de vue SF. Et oui, alors on ne s'en inspire pas forcément pour recopier, mais on peut aussi s’en inspirer pour savoir ce que je ne veux pas écrire. Quels sont les clichés de la SF ou les grands thèmes classiques dans lesquels je ne voulais pas me projeter dans la trilogie. Et en l'occurrence Interstellar est un grand film, je trouve, de Science-Fiction que j'ai beaucoup aimé. Alors je ne sais pas si je m'en suis inspiré, mais effectivement Interstellar parle aussi des trous noirs.
Comment êtes-vous devenu écrivain ?
Il y a des questions sur le style : « Ajouter une touche d'humour est-il important pour vous ? » ou « Avez-vous conçu les références à la pop culture, notamment comme un défi au lecteur ? » demande Élise. On n'écrit pas forcément pour le lecteur, on écrit d'abord pour raconter une histoire. Mais il est vrai que moi j'aime bien jouer un peu avec le lecteur sous deux formes, soit en mettant des références ou des petites anecdotes à mes livres passés. Ça c'est assez amusant. Le lecteur qui ne les a pas lus, ça change rien pour lui parce qu'il ne s'en rend pas compte. Mais mes lecteurs les plus fidèles se disent, tiens ça c'est une référence à tel livre, donc ça donne une dimension de plus. Et il y a les références à la pop culture. Quand on écrit de la SF, c'est aussi un clin d'œil, je pense, un passage obligé qui est très amusant pour le lecteur, quand il dit « Tiens, ça c'est une référence à 2001 : odyssée de l'espace » ou « ça c’est une référence à Star Wars », etc. Il se sent un petit peu fier et puis c'est une sorte de jeu que je fais avec les lecteurs.
Il y a pas mal de questions sur le métier d’écrivain. Evan demande : « Était-ce un rêve d'enfant de devenir écrivain ? » « À quel âge avez-vous commencé à écrire ? » demande Julia. Noé dit : « Comment faites-vous pour gérer vos deux métiers ? » D'abord sur la vocation, je me suis mis à écrire très tard, puisque je me suis mis à écrire il y a dix ans, à peu près, j'avais tout juste quarante ans et j'avais envie d'employer ma créativité à autre chose. Pendant très longtemps, j'ai écrit des logiciels, des logiciel open source, des petits jeux et puis à un moment donné, j'en ai eu un peu marre de la technologie et donc j'ai basculé sur une autre forme de créativité qui était raconter des histoires, écrire des histoires. Donc c'est assez tard ce qui, au passage, peut vous donner des espoirs. À seize, dix-sept, dix-huit ans on peut encore se développer et trouver plein de sources d'intérêt, y compris à vingt ans, trente ans, quarante ans, cinquante ans. C'est-à-dire que la vie ne s'arrête pas à ce que l'on fait à l'école à la sortie du bac à dix-huit ans. J'ai commencé à écrire à quarante ans, je n'avais pas de formation spécialement littéraire puisqu'encore une fois j'ai fait des études d'ingénieur. Donc là aussi c'est passé par pas mal de lectures.
Lucas : « Lisez-vous beaucoup ? » Oui, j'essaye de lire un livre par semaine, mais je n'y arrive pas. Je lis un livre toutes les deux semaines à peu près. Peut-être un peu plus, je ne sais pas, mais oui, je pense qu'il faut lire beaucoup pour pouvoir écrire, pour apprendre ce qui nous plaît, les styles qui nous plaisent, comprendre comment les autres auteurs arrivent à raconter les histoires, et encore une fois s'en inspirer peut-être, ou du moins savoir ce qui ne nous plaît et ce qui nous plaît pas. Et puis quand on lit beaucoup, le cerveau se façonne, sans même le vouloir, à un certain style, à une certaine façon de raconter des histoires. Donc oui, je pense qu'il faut lire beaucoup si on veut écrire.
Comment je fais pour concilier les deux métiers ? Je l'ai un peu dit tout à l'heure, c'est surtout une histoire d'organisation. On me pose beaucoup de questions sur le temps, est-ce que ça prend du temps d'écrire ? Et là, je dis non, je ne pense pas. Je pense que ça prend autant de temps que quelqu'un qui fait de la musique, qui fait une heure de guitare par jour ou de piano par jour, ça prend autant de temps que quelqu'un qui fait beaucoup de vélo par exemple, ou qui fait du jardinage. C'est une passion comme une autre, et on peut très bien s'organiser si c'est une priorité pour vous. En l'occurrence, ma priorité ou ma façon de m'organiser pour être efficace, c'est de très bien me préparer la structure comme je le disais tout à l'heure. C'est pour ça que j'arrive à écrire sur des plages de temps assez courtes. Quand j'ai deux heures de temps, en deux heures, je peux écrire un chapitre, tout simplement parce que je sais exactement où j'en suis dans l'histoire, je n'ai pas de problème d'inspiration et je n’ai qu'à « écrire le chapitre », c'est-à-dire créer ou imaginer, développer les 3-4 lignes de mon synopsis en 3-4 pages en fait. Donc ça se fait assez bien, surtout que j'ai pas l'angoisse de faire bon du premier coup, puisque j'écris un premier jet et puis la fois d'après, la prochaine session, je vais l'améliorer, l'améliorer en continu, ce qui fait que j'ai pas vraiment de pression en fait sur l'écriture. L'air de rien, une semaine, un mois, une année, c'est quand même des périodes assez longues où par petites tranches de deux heures, on peut faire pas mal de boulot.
Que pensez-vous de l’IA ?
Maïa me demande, « À travers votre roman, exprimez-vous votre opinion sur les intelligences artificielles ? Pensez- vous qu'il faille en avoir peur ? » Effectivement, quand on écrit sur l'IA – au passage vous avez remarqué que je n'emploie pas le mot « intelligences artificielles » dans mon roman. Je préfère utiliser le mot d'Expert, Expert artificiel ou autre. Tout simplement parce que j'ai réfléchi au concept d'IA, je me suis dit, « parle-t-on vraiment d'intelligence ? » Au passage, « intelligence artificielle » vient de l'anglais, artificial intelligence, et intelligence en anglais ne veut pas forcément dire la même chose. Intelligence en anglais veut plutôt dire information, renseignement, vous savez, CIA, Central Intelligence Agency. Donc il y a un petit quiproquo en France quand on parle d'Intelligence Artificielle. Donc j'ai préféré parler d'Experts, surtout que j'introduis le concept des limites de Tao, que vous avez vu, à savoir que je postule dans le roman que les ordinateurs, les logiciels ne pourront jamais être aussi intelligents que les humains. Donc moi, je pense que c'est un vrai sujet de société aujourd'hui. Il faut se rappeler que la trilogie baryonique est sortie avant le phénomène Chat GPT. Donc les SOFIA et autres que j'explique, c'était une projection dans le futur que je ne pensais pas aussi récent qu'allaient être les LLM, Chat GPT et autres. Je ne pense pas qu'il faille en avoir peur, il faut toutefois être vigilant sur l'impact sociétal et social que vont avoir ces intelligences dites génératives. Notamment, ne pas tomber dans la facilité, je pense, de déléguer nos capacités de réflexion, nos capacités de synthèse, ce genre d'IA sont très forts pour faire des synthèses, donc ne pas trop déléguer, trop se reposer sur eux, pour faire notre boulot à notre place. Parce que si vous en tant qu'étudiants, si nous en tant que professionnels, on cède à la facilité de dire, « je dois faire un résumé d'un texte, hop je demande à Chat GPT, je dois faire une synthèse, hop, je demande à Chat GPT, je dois donner mon avis ou exprimer une idée originale sur Chat GPT », à la fin on ne va plus réfléchir et ça, je pense qu'on est tous d'accord pour dire que c'est quand même pas la bonne solution.
Ce qui nous caractérise, nous, humains, hommes et femmes, c'est quand même notre capacité de réflexion, d'avoir un point de vue original. Et si tout ça est sous-traité, dans ce cas-là on peut se poser la question de c'est quoi notre valeur ajoutée en tant qu'humains ? C'est un vrai problème aujourd'hui, enfin c'est un problème potentiel et je vous invite tous, autant que vous êtes, à réfléchir sur votre positionnement par rapport à ça. C'est quoi qui distingue en fait l'humain de la machine, qu’est-ce qui distingue l'humain des animaux et il ne faudrait pas que l'Intelligence Artificielle prenne une place trop importante dans notre vie en termes de créativité, en termes des réflexions, en terme de capacité de synthèse. Je vous invite à réfléchir sur ça.
« Est-ce que vous lisez beaucoup ? » demande Lucas. J'ai répondu à la question. Oui, j'essaye de lire beaucoup parce que c'est une source de détente très appréciable, j'aime bien, c'est une bonne alternative aux séries. Je regarde aussi beaucoup de séries, beaucoup de films, mais il faut équilibrer les deux. C'est deux façons de raconter des histoires différentes, et c'est vrai qu'un livre m'embarque plus en termes d'imaginaire et d'empathie qu'un film. « Que lisez-vous actuellement ? » Demandent Mathieu et Thibault. « Quel est votre auteur de SF préféré ? » Alors c'est très compliqué de donner des auteurs de SF de préférés. J'ai un petit faible pour Isaac Asimov, notamment le cycle des robots, tout simplement parce que c'était une de mes premières lectures de SF quand j'avais votre âge, et deuxièmement parce qu'Asimov a réussi justement à être un scientifique tout en étant un très bon auteur des romans de SF. Et donc c'est un peu un modèle pour moi, où à mon échelle, j'essaye d'être un bon ingénieur et d'écrire les meilleurs livres possibles. Donc Asimov a été plutôt un modèle sur ça, à avoir associé science et littérature, ce qui n'est pas facile quand on voit aujourd'hui le système éducatif, on a trop tendance à séparer les scientifiques et les littéraires. Moi quand j'étais en terminale, j'étais bon en maths et on me disait « toi t'es un scientifique » et du coup j'ai été un peu dans cette spirale un peu malsaine qui était de dire « si je suis scientifique je ne suis pas littéraire ». Il y avait cette dichotomie qui m'empêchait peut-être de revendiquer à l'époque mon goût pour la lecture par exemple. Il faut pas tomber dans ce piège là et Asimov en ce sens était pour moi un bon modèle.
Une recommandation de lecture ?
Et puis on va terminer sur ma lecture du moment, qui s'appelle Dans la forêt de Jean Hegland, c'est un livre américain qui est assez vieux, écrit en 1996, et qui raconte l'histoire de deux sœurs qui sont seules dans la forêt. C'est pas un monde postapocalyptique, on sait pas trop ce qui se passe mais l'humanité est en train de... il y a eu une épidémie, on ne sait pas ce qui s’est passé. Toujours est-il que ces deux jeunes femmes vont être obligées de réapprendre la vie dans la nature, reconnaître les plantes, etc. Je trouve ça très chouette, très beau et puis ça raisonne dans ce monde très technophile d'aujourd'hui, très technologique, où on se dit « mais si tout ça s'arrêtait, si demain il y avait une grande panne d'électricité mondiale, on n'avait plus accès à Internet, à Chat GPT, à tous ces assistants numériques, qu'est-ce qu'on deviendrait ? » Est-ce qu’on serait capable de se nourrir tout seul, de vivre, tout simplement ? Une bonne source à la fois de lecture et de réflexion. Voilà, j'ai déjà pris pas mal de votre temps, je sais que ce n'est pas forcément très agréable d'écouter quelqu'un à distance, encore une fois désolé de ne pas être avec vous aujourd'hui, mais je crois que David est là et ça va bien se passer. Un grand merci pour votre lecture de la Trilogie baryonique et puis peut-être à un de ces jours.
Au revoir. »